Patron d'atelier : ce que vous devez, ce que ça coûte, ce que ça rapporte
Former un apprenti n'est pas gratuit, mais ce n'est pas non plus un service rendu à la loi. Voici ce que le décret vous impose, jusqu'où vous pouvez aller, et ce qui n'existe pas malgré ce qu'on vous a peut-être promis.
Devenir maître d'apprentissage : les conditions
Tout patron d'atelier ne peut pas, en droit, être « maître d'apprentissage » sans conditions. Le décret n° 2016-263 en pose trois : avoir 21 ans révolus au moins, justifier de connaissances et d'aptitudes réelles dans le métier enseigné, et ne pas avoir été condamné pour crime, pour un délit contre les mœurs, ou pour un délit ayant valu au moins trois mois de prison ferme (art. 5-7). Le maître ne peut pas non plus loger ses apprentis chez lui ou dans son atelier s'il ne vit pas lui-même en famille ou en communauté (art. 6).
Ce dossier, Apprentissage et alternance au Sénégal, traite déjà le contrat lui-même dans Le contrat d'apprentissage, mode d'emploi. Cette page se concentre sur ce que la relation implique pour vous, une fois le contrat signé.
Ce que vous devez, article par article
Cinq obligations principales pèsent sur le maître pendant toute la durée du contrat. Former réellement : enseigner le métier « méthodiquement, progressivement et complètement », sans affecter l'apprenti à des travaux étrangers au métier (art. 16). Tenir le livret d'apprentissage, qui recense les compétences acquises (art. 16). Verser l'allocation mensuelle convenue et écrite dans le contrat — voir Combien gagne un apprenti pour la méthode de négociation. Laisser le temps des cours prévus au contrat, et jusqu'à deux heures par jour si l'apprenti ne sait pas lire, écrire ou compter et souhaite poursuivre son instruction (art. 17). Enfin, délivrer le certificat de fin d'apprentissage à l'issue du contrat (art. 26).
À cela s'ajoutent les règles générales applicables à toute entreprise qui emploie : hygiène, santé, sécurité, respect des dispositions sur le travail des femmes et des enfants (art. 15). Et une obligation administrative simple à oublier : toute rupture du contrat, quelle qu'en soit la cause, doit être notifiée à l'Inspection du Travail (art. 25).
Combien d'apprentis dans votre atelier ?
Le décret fixe un plafond directement pensé pour les petites structures — l'immense majorité des ateliers sénégalais.
| Nombre maximum d'apprentis | |
|---|---|
| Moins de 10 ouvriers | 5 apprentis au maximum |
| 10 ouvriers ou plus | Le nombre d'apprentis ne peut excéder la moitié de l'effectif salarié du métier concerné |
Source : décret n° 2016-263 du 22 février 2016, art. 19. En cas de formation manifestement insuffisante ou d'abus envers l'apprenti, l'Inspecteur du Travail peut demander à la juridiction compétente de limiter ce nombre, voire de suspendre le droit de former des apprentis (art. 20).
Ce que ça coûte, honnêtement
Former un apprenti a un coût réel, et il faut le regarder en face plutôt que de le découvrir en cours de route. Il y a l'allocation mensuelle, dont le montant se négocie mais qui reste due chaque mois, quel que soit le niveau d'activité de l'atelier ce mois-là. Il y a le temps consacré à l'enseignement plutôt qu'à la production — un apprenti débutant ralentit souvent l'atelier avant de l'aider. Et il y a le temps administratif : réunir les pièces, rédiger le contrat, se déplacer à l'Inspection du Travail, tenir le livret.
Aucun de ces coûts n'est allégé de plein droit. Le Code du travail avait pourtant ouvert la porte : son article L.73 renvoie au décret le soin de fixer « les allègements de charges pour les employeurs » qui forment des apprentis. Mais le décret n° 2016-263, qui devait justement fixer ce régime, n'en prévoit aucun — aucun de ses trente articles ne traite d'allègement de charges. En droit commun, donc : signer un contrat d'apprentissage ne réduit, par lui-même, aucune charge sociale ni fiscale. Autant le dire franchement plutôt que de laisser croire à une prime automatique, sur le modèle français, qui n'existe pas ici.
Une réserve, parce qu'elle peut vous concerner : il existe un cadre conventionnel, la Convention nationale État-Employeurs (CNEE), signée en avril 2000 et pilotée par la Direction de l'Emploi, par laquelle l'État et les entreprises adhérentes se partagent la charge de l'insertion des jeunes — y compris par des contrats d'apprentissage et de stage. Ce n'est pas un droit ouvert à tout atelier : il faut y adhérer, et les contreparties dépendent du programme. ⚠ Nous ne publions pas ici le détail de ces contreparties : elles se vérifient auprès de la Direction de l'Emploi avant de compter dessus.
Ce que ça rapporte réellement
Le retour n'est pas fiscal, mais il existe. D'abord une main-d'œuvre formée sur mesure, qui connaît déjà l'atelier, ses outils et ses méthodes à la sortie du contrat. Ensuite une priorité de fait : la convention collective nationale interprofessionnelle prévoit une priorité d'embauche en faveur de l'apprenti que l'entreprise a elle-même formé (CCNI du 30 décembre 2019, art. 67) — un avantage concret quand un poste s'ouvre.
Ce sujet, le financement de la formation elle-même, est développé plus largement dans Qui paie la formation de l'apprenti. Deux canaux réels existent pour un atelier ou une organisation professionnelle : le guichet entreprises et organisations professionnelles du 3FPT, auquel les artisans et les chambres consulaires sont explicitement éligibles, et une convention entre l'agence chargée de la promotion de l'artisanat et le 3FPT dédiée à la formation des maîtres artisans. Aucun de ces deux canaux n'est un guichet étiqueté « apprentissage » : un maître d'atelier qui veut financer une formation complémentaire passe par le circuit entreprises comme n'importe quelle organisation professionnelle. Le détail est dans 3FPT : financement entreprises et Vérifier qu'un centre est éligible. Pour arbitrer entre 3FPT et ONFP selon le besoin, voir aussi ONFP ou 3FPT : qui fait quoi.
Pour deux métiers souvent enseignés en atelier, à titre d'exemple concret de ce qu'un maître peut transmettre : devenir électricien et devenir boulanger-pâtissier. Et pour ce qui se passe si un apprenti se blesse pendant sa formation, Accident du travail : l'apprenti est couvert détaille une protection que peu de maîtres connaissent.
Un apprenti à former, ou un métier à faire reconnaître ?
Dites-nous votre métier, votre ville et où vous en êtes — apprenti en atelier, patron qui forme, ou jeune qui cherche par où entrer. Un conseiller SenFormation vous oriente vers les centres qui préparent les examens visés, et vous dit ce qui doit être écrit dans un contrat avant d'être déposé à l'Inspection du Travail.
Les centres de formation professionnelle
Le contrat peut prévoir des cours professionnels que vous vous engagez à faire suivre à votre apprenti. Voici les centres de notre annuaire — demandez le contenu exact et l'examen préparé avant de vous engager.
Questions fréquentes
Existe-t-il une prime pour le patron qui forme un apprenti ?
Non. Aucune prime ni exonération de charges spécifique à l'apprentissage n'existe en droit sénégalais. Le Code du travail avait renvoyé cette question au décret d'application ; le décret n° 2016-263, qui régit aujourd'hui l'apprentissage, n'en prévoit aucune. C'est un point à corriger dès qu'on vous affirme le contraire.
Combien d'apprentis puis-je prendre dans mon atelier ?
Cinq au maximum si votre atelier compte moins de dix ouvriers. Au-delà de dix ouvriers, le nombre d'apprentis ne peut dépasser la moitié de l'effectif salarié du métier concerné (décret n° 2016-263, art. 19).
Que risque un maître qui ne respecte pas ses obligations ?
En cas de formation manifestement insuffisante ou d'abus envers l'apprenti, l'Inspecteur du Travail peut saisir la juridiction compétente pour faire limiter le nombre d'apprentis de l'atelier, voire suspendre son droit d'en former (décret, art. 20). Toute rupture du contrat doit par ailleurs être notifiée à l'Inspection du Travail (art. 25).
Y a-t-il un intérêt financier à former un apprenti, au-delà de la main-d'œuvre ?
Pas d'allègement fiscal ou social direct, mais un accès aux mêmes guichets de financement de la formation que toute organisation professionnelle : le 3FPT via son guichet entreprises, auquel les artisans sont explicitement éligibles. Voir Qui paie la formation de l'apprenti.
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