Séparer sa caisse et tenir ses comptes
Un portefeuille dédié, un cahier tenu chaque jour, et ce que la CGU exige vraiment : la base qui évite de découvrir trop tard qu'on travaille à perte.
Le portefeuille dédié : la première règle, avant même le cahier
Avant tout cahier, il y a un geste plus simple qui change presque tout : ouvrir un numéro Wave ou Orange Money — ou, à défaut, une enveloppe ou une boîte — réservé uniquement à l'activité, jamais aux dépenses de la maison. Tant que l'argent des clients et l'argent du ménage se mélangent dans la même poche, il devient impossible de savoir si l'activité gagne réellement de l'argent ou si elle en perd, parce qu'on ne sait plus ce qui a été dépensé pour recompléter le stock et ce qui est parti ailleurs.
Aucune enquête chiffrée sénégalaise ne mesure combien d'activités échouent à cause de cette confusion — le constat reste qualitatif, relevé par des structures d'appui à la création d'entreprise comme la Chambre de commerce de Dakar. Mais le mécanisme, lui, est connu et logique : sans séparation, on finit par puiser dans la caisse de l'activité pour une dépense personnelle « juste cette fois », et le stock ou le matériel ne se renouvelle plus. Un numéro dédié rend ce geste visible — donc plus rare.
Ce même historique d'encaissements sert une seconde fois : notre page Financer son démarrage explique comment un système financier décentralisé lit un historique Wave ou Orange Money régulier comme une preuve d'activité avant d'accorder un crédit.
Ce que la CGU exige réellement — et ce qu'elle n'exige pas
Sous la Contribution Globale Unique — le régime qui concerne la quasi-totalité des lecteurs de ce dossier, détaillé dans notre page La CGU, l'impôt du petit entrepreneur — le Code général des impôts (art. 147) demande deux choses précises : un livre-journal des recettes, tenu au jour le jour, et un registre annuel des achats, avec les factures conservées. C'est tout ce que le texte impose.
Ce qu'il n'impose pas sous ce régime : une comptabilité complète au sens de l'Acte uniforme OHADA relatif au droit comptable (bilan, compte de résultat), ni le recours à un expert-comptable. Ces obligations arrivent seulement si vous basculez au régime réel — simplifié entre 50 et 100 millions FCFA de chiffre d'affaires, normal au-delà — et seulement après trois exercices consécutifs au-dessus du seuil de la CGU. Pour la grande majorité des lecteurs de ce dossier, un cahier tenu sérieusement suffit à remplir cette obligation légale.
Le minimum à noter chaque jour
Cinq lignes, pas plus, mais tenues tous les jours plutôt que reconstituées de mémoire en février.
- 1
Chaque encaissement
La date, le montant reçu, et si possible ce qui a été vendu ou réalisé — même pour un petit montant.
- 2
Le mode de paiement
Espèces, Wave ou Orange Money : ça évite de perdre le fil quand vous retrouvez plus tard un montant sur votre téléphone sans savoir à quelle commande il correspond.
- 3
Les acomptes, à part du solde
Un acompte reçu aujourd'hui et un solde reçu à la livraison sont deux lignes, pas une seule — voir notre page Fixer ses prix et se faire payer.
- 4
Chaque achat lié à l'activité
Matière première, transport, réparation d'un outil : la date, le montant, et la facture ou le reçu conservé.
- 5
Un total en fin de journée
Même approximatif, il permet de repérer tout de suite un jour anormal plutôt que de le découvrir un mois plus tard.
Un cahier simple suffit au départ
Pas besoin d'un logiciel ni d'un tableau compliqué pour commencer : un cahier d'écolier à deux colonnes, l'une pour les recettes, l'autre pour les achats, tenu chaque soir, remplit déjà l'exigence de l'article 147. Beaucoup de couturières, de mécaniciens et de restauratrices sénégalais gèrent leur activité exactement ainsi pendant des années.
Ce qui fait la différence n'est pas l'outil, c'est la régularité : un cahier rempli tous les jours, même en trois lignes, vaut infiniment plus qu'un classeur détaillé rouvert une seule fois par an au moment de la déclaration. Si vous préférez le téléphone, une simple note ou un tableur suffit tout autant — l'essentiel est que la date, le montant et la nature de chaque mouvement y figurent.
À quel moment passer à autre chose
Le bon outil dépend de la taille de votre activité, pas de vos préférences personnelles.
| Ce qu'il vous faut | À partir de quand | |
|---|---|---|
| Un cahier ou une note sur le téléphone | Deux colonnes, recettes et achats, tenues chaque jour | Dès le premier encaissement, quel que soit votre chiffre d'affaires |
| Une organisation plus structurée | Cahier mensuel classé, reçus rangés par mois, un cahier séparé par gros poste si nécessaire | Quand l'activité tourne à plusieurs commandes par semaine et que le cahier unique devient difficile à relire |
| Une véritable comptabilité | Un système structuré au sens de l'Acte uniforme comptable OHADA, en général avec l'aide d'un professionnel | Si vous approchez ou dépassez durablement 50 millions FCFA de chiffre d'affaires — vous changez alors de régime fiscal |
Le passage au régime réel ne joue qu'après trois exercices consécutifs au-dessus du seuil de la CGU (voir notre page sur la CGU) : une bonne année isolée ne vous oblige pas encore à changer d'outil.
Ce que réclame l'administration en cas de contrôle
Tout assujetti à la CGU doit pouvoir présenter sa vignette de paiement à la demande du maire, du préfet, ou d'un agent des Impôts, du Trésor ou de la Douane. Vos factures doivent porter votre NINEA et votre numéro RCCM — voir notre page Obtenir son NINEA et son RCCM. Et si l'administration vous demande de justifier votre chiffre d'affaires déclaré, c'est votre livre-journal et votre registre d'achats qui font foi.
C'est là que la confusion entre caisse personnelle et caisse de l'activité coûte réellement cher, même sans qu'aucune enquête n'en chiffre l'ampleur au Sénégal : sans registre fiable, vous ne pouvez pas contester utilement l'évaluation que l'administration retient pour votre chiffre d'affaires — vous disposez pourtant de seulement 20 jours pour le faire, le silence valant acceptation. Ne pas déclarer, ou ne pas pouvoir justifier ce qui est déclaré, expose à une taxation d'office : l'administration fixe alors elle-même votre chiffre d'affaires, en général moins favorablement qu'une déclaration appuyée sur de vrais chiffres.
Le lien avec votre déclaration annuelle
Chaque année, avant le 1er mars, votre déclaration à la CGU demande vos achats de l'année, vos stocks en début et fin d'année, et votre chiffre d'affaires. Un cahier tenu jour après jour transforme cet exercice en addition de quelques colonnes ; sans lui, il faut reconstituer douze mois d'activité de mémoire, avec le risque réel d'oublier des encaissements ou de sous-déclarer sans le vouloir.
Ce lien entre la tenue quotidienne et l'échéance de mars est la vraie raison de commencer un cahier dès la première commande, pas seulement quand l'activité aura grossi. Voir notre page La Contribution Globale Unique pour le détail complet de cette déclaration, de son calendrier et de son paiement.
Vérifiez le millésime avant de payer. Les montants et les seuils cités sur cette page sont ceux du Code général des impôts consolidé à octobre 2025. La loi de finances pour 2026 n'a pas pu être dépouillée article par article au moment de la rédaction : aucune source consultée n'annonce de changement sur la Contribution Globale Unique, mais cela ne vaut pas vérification. Confirmez le chiffre applicable auprès de votre centre des services fiscaux avant toute déclaration.
Vous voulez vous mettre à votre compte ?
Dites-nous votre métier, votre ville et où vous en êtes — formation terminée, premiers clients, ou déjà en activité sans être déclaré. Un conseiller SenFormation vous oriente vers les formations, les centres et les guichets qui correspondent réellement à votre situation.
Questions fréquentes
Dois-je ouvrir un compte bancaire pour séparer ma caisse ?
Non, ce n'est pas nécessaire au départ. Un numéro Wave ou Orange Money réservé uniquement à l'activité suffit largement à obtenir la même séparation.
La CGU m'oblige-t-elle à tenir une comptabilité complète ?
Non. L'article 147 du Code général des impôts demande seulement un livre-journal des recettes et un registre annuel des achats. La comptabilité complète ne s'impose qu'au régime réel, au-delà de 50 millions FCFA de chiffre d'affaires sur trois exercices consécutifs.
Un cahier suffit-il vraiment, ou dois-je utiliser un logiciel ?
Un cahier tenu chaque jour suffit pour démarrer et remplit l'obligation légale. Un logiciel ou une application ne devient utile que lorsque le volume de commandes rend un cahier unique difficile à relire.
Que se passe-t-il si je ne peux pas prouver mon chiffre d'affaires en cas de contrôle ?
Vous risquez une taxation d'office : l'administration fixe elle-même le montant de votre chiffre d'affaires, en général moins favorablement qu'une déclaration appuyée sur de vrais registres.
À partir de quel chiffre d'affaires dois-je penser à une vraie comptabilité ?
Quand vous approchez ou dépassez durablement 50 millions FCFA de chiffre d'affaires, seuil de la CGU. Le changement de régime fiscal ne joue toutefois qu'après trois exercices consécutifs au-dessus de ce seuil.
Existe-t-il une étude sénégalaise sur les artisans qui mélangent caisse personnelle et caisse professionnelle ?
Non, aucune enquête chiffrée sénégalaise n'a été trouvée sur ce sujet précis. Le mécanisme et ses conséquences fiscales sont réels et documentés par le Code général des impôts ; leur fréquence, elle, n'est pas mesurée.
À lire aussi dans ce dossier
De la formation à l'activité : par où commencer
Se déclarer tout de suite ou après les premiers clients ? Ce que la déclaration apporte vraiment, ce qu'elle coûte, et la séquence complète pour passer d'un savoir-faire à une activité déclarée au Sénégal.
Lire la suite →Choisir son statut quand on démarre seul
Entreprise individuelle, GIE ou SUARL : ce qui change vraiment quand vous démarrez seul ou à quelques-uns après une formation, du capital au patrimoine personnel. Et le point sur l'entreprenant OHADA, jamais mis en place au Sénégal.
Lire la suite →Obtenir son NINEA et son RCCM
La démarche concrète pour immatriculer une entreprise individuelle au Sénégal : pièces à fournir, guichet de l'APIX, frais de greffe, délai de retrait, et à quoi sert chaque papier une fois en poche.
Lire la suite →La Contribution Globale Unique : l'impôt du petit entrepreneur
Un seul impôt annuel qui remplace TVA, IR-BIC et CEL pour l'immense majorité des artisans et petits commerçants sénégalais : qui est concerné, combien ça coûte, quand le payer — et ce que le prélèvement de 0,5 % sur Wave et Orange Money change pour vous.
Lire la suite →Carte d'artisan et chambre des métiers : à quoi ça sert vraiment
Ce que fait une chambre de métiers au Sénégal, comment obtenir la carte professionnelle d'artisan, et pourquoi ce n'est pas une autorisation d'exercer mais un sésame pour les marchés, les financements et la protection sociale — avec les pièges du modèle français à éviter.
Lire la suite →Financer son démarrage après une formation
DER/FJ, FONGIP, ADEPME, ANPEJ, microfinance, tontines : ce qui finance vraiment le premier équipement, ce qui n'est que de l'accompagnement, et pourquoi l'ordre dans lequel vous frappez aux portes change tout.
Lire la suite →Trouver ses premiers clients
Le réseau et le bouche-à-oreille comme premier canal réel, WhatsApp Business sans budget, le marché et ses pics, la sous-traitance comme rampe de lancement, et la commande publique — un débouché que personne ne cite à un artisan.
Lire la suite →Fixer ses prix et se faire payer
Ce qui entre réellement dans un prix quand on est à la CGU, pourquoi le tarif du voisin n'est pas un barème, comment présenter un devis simple, ce que coûte chaque mode de paiement, et l'acompte comme meilleure protection contre les impayés.
Lire la suite →Se protéger quand on travaille à son compte : retraite, maladie, accident
Quitter le salariat, c'est perdre d'office la retraite et la couverture santé. Ce qu'on peut souscrire soi-même au Sénégal : IPRES en volontaire, couverture maladie universelle, mutuelle des artisans — et ce qu'il faut savoir avant d'assurer son activité.
Lire la suite →
Professionnels, Salariés, Demandeurs d'emploi
Trouvez la formation idéale pour booster votre carrière
Choisir mon centre
- Comparez +153 centres
- Contactez les centres directement
- Formations certifiantes
Centres de formation
Référencez votre centre
Recruter vos apprenants
- Visibilité auprès de milliers de professionnels
- Leads qualifiés et géolocalisés
- Tableau de bord de suivi