Se mettre à son compte

Choisir son statut quand on démarre seul

Entreprise individuelle, GIE ou SUARL : le bon choix pour démarrer seul, avec peu de moyens.

Trois formes, une question : qu'est-ce qui arrive si ça tourne mal ?

Vous démarrez seul, ou à deux ou trois avec d'anciens camarades de formation. Le choix du statut se résume souvent à une question concrète : si un client ne paie pas, si un fournisseur réclame, si un crédit tourne mal, qu'est-ce qui est saisissable ? Votre matériel professionnel uniquement, ou aussi votre maison, votre moto, votre épargne personnelle ?

Le droit qui s'applique ici n'est pas le droit français : c'est le droit régional OHADA (Organisation pour l'harmonisation en Afrique du droit des affaires), applicable tel quel au Sénégal. Il connaît plusieurs formes utiles à un lecteur qui sort d'une formation : l'entreprise individuelle, l'entreprenant, le groupement d'intérêt économique (GIE), et la société à responsabilité limitée, à un ou plusieurs associés (SUARL / SARL).

Vue d'ensemble : capital, patrimoine, pour qui

Comparaison rapide des trois formes les plus pertinentes pour démarrer seul ou à quelques-uns.

CapitalPatrimoine personnelPour qui
Entreprise individuelleAucun capital exigéExposé : un créancier peut saisir vos biens propresLe point de départ pour démarrer seul, sans associé
GIEAucun capital exigé, « avec ou sans capital »Exposé, et les membres sont solidaires des dettes du groupe2 personnes ou plus qui mutualisent un achat ou une commande
SUARL / SARLLibrement fixé par les statuts, depuis la loi 2015-07Protégé, limité aux apports (sauf faute de gestion ou caution personnelle)Qui veut séparer son patrimoine, facturer des entreprises, emprunter

L'entreprise individuelle : le point de départ de la plupart des lecteurs

C'est la forme la plus simple et la moins chère : pas de capital, pas de statuts à rédiger, pas de notaire. Vous vous immatriculez en votre nom propre au registre du commerce et du crédit mobilier (RCCM) — la démarche complète, pièces et frais, est détaillée dans notre page Obtenir son NINEA et son RCCM.

La contrepartie : aucune séparation entre votre patrimoine personnel et celui de l'activité. Si un fournisseur ou un client obtient une décision de justice contre vous, vos biens propres — pas seulement votre matériel professionnel — peuvent être saisis. Pour un frigoriste ou une couturière qui démarre avec peu d'actifs, le risque reste mesuré ; il grandit avec le chiffre d'affaires, le nombre de clients et l'endettement. Notre page Se protéger quand on travaille à son compte revient sur ce point.

Le GIE : utile à plusieurs, piège si mal pensé

Le GIE a un usage précis : mutualiser un achat de matériel, un local, ou répondre ensemble à une commande qu'aucun membre ne pourrait honorer seul — un atelier de couture qui répond à une commande d'uniformes pour une entreprise, un groupe de frigoristes qui achète en gros ses compresseurs. Ce n'est pas une manière détournée de créer « une petite société » à moindre coût.

Le piège tient dans un mot que peu de créateurs lisent avant de signer les statuts : les membres d'un GIE sont tenus indéfiniment et solidairement des dettes du groupement. Concrètement, si le GIE ne paie pas un fournisseur, celui-ci peut réclamer la totalité de la somme à n'importe quel membre, y compris celui qui n'a rien à voir avec la dépense engagée. Ce n'est en aucun cas un abri patrimonial.

Côté formalités : dépôt des statuts, du règlement intérieur et du procès-verbal d'assemblée constitutive, en trois exemplaires signés par tous les membres. Le coût varie selon les sources consultées, entre 50 000 et 68 000 FCFA selon les postes retenus (enregistrement, protection du nom, greffe) — à faire trancher au guichet le jour du dépôt. Un point à ne pas manquer : le procès-verbal doit être enregistré dans le mois qui suit sa signature, sous peine d'une pénalité de 20 000 FCFA.

La SUARL : quand la protection du patrimoine vaut le coût

La société unipersonnelle à responsabilité limitée (SUARL) permet de créer une société seul, avec un associé unique — vous. La SARL classique est la même forme à plusieurs associés. Dans les deux cas, votre responsabilité se limite à ce que vous avez apporté à la société : en cas de dette, vos biens personnels ne sont normalement pas engagés, sauf faute de gestion prouvée ou caution personnelle signée à la banque.

Contrairement à une idée qui circule encore beaucoup, il n'y a plus de capital minimum légal. La loi n° 2014-20 avait fixé ce minimum à 100 000 FCFA, mais elle a été abrogée et remplacée par la loi n° 2015-07 du 9 avril 2015, qui laisse le capital et la valeur des parts librement fixés par les statuts. Le garder au-dessus d'un montant symbolique reste une bonne pratique pour la crédibilité auprès d'une banque ou d'un client, mais ce n'est plus une obligation légale.

La contrepartie est le formalisme : la constitution passe par un notaire, qui dépose ensuite le dossier en ligne. Les émoluments du notaire sont plafonnés par décret : 20 000 FCFA pour un capital jusqu'à 500 000 FCFA, 70 000 FCFA jusqu'à 5 millions, 130 000 FCFA jusqu'à 8 millions. D'autres frais s'ajoutent (enregistrement, annonce légale) : exigez toujours le détail émoluments / débours avant de signer, certaines études facturant un forfait « tout compris » nettement plus élevé.

Pour qui a déjà quelques clients réguliers, veut facturer des entreprises en toute confiance, ou envisage d'embaucher, la SUARL devient pertinente. Pour démarrer seul avec un budget serré, l'entreprise individuelle reste le point d'entrée le plus réaliste — rien n'empêche de basculer en SUARL plus tard, une fois l'activité installée.

L'entreprenant OHADA : un statut qui existe sur le papier, pas au guichet

Le droit OHADA prévoit une forme plus légère que l'entreprise individuelle : l'entreprenant. Sur simple déclaration gratuite au greffe, sans immatriculation au RCCM, une personne peut exercer une activité professionnelle civile, commerciale, artisanale ou agricole, avec une comptabilité allégée — un simple livre chronologique des recettes et des dépenses.

Le problème : ce statut, écrit dans le texte régional depuis 2010, n'a jamais été mis en œuvre au Sénégal. Il n'apparaît dans aucune fiche de l'APIX, il n'est pas mentionné dans le Code général des impôts, et aucun guichet connu ne délivre aujourd'hui le numéro de déclaration d'activité qu'il suppose. Vous pouvez en entendre parler en ligne comme d'une option ouverte : en l'état, le chemin réel pour un indépendant reste l'entreprise individuelle immatriculée au bureau d'appui à la création d'entreprise. Avant de vous engager sur cette base, confirmez la situation auprès du greffe du tribunal de commerce de Dakar — le texte existe, l'outil pour l'utiliser n'a pas été vu.

Aller plus loin : le dossier complet sur les formes juridiques

Cette page prend l'angle de quelqu'un qui sort d'une formation et démarre seul, avec peu de moyens. Pour une explication juridique plus complète des formes de sociétés au Sénégal — statuts, gouvernance, apports, cession de parts — notre plateforme sœur SenPages tient un dossier dédié : Créer son entreprise.

Une fois votre forme choisie, l'étape suivante est concrète : déposer le dossier et obtenir vos papiers. Voir Obtenir son NINEA et son RCCM. Si vous montez le projet à plusieurs pour un achat groupé ou un marché commun, regardez aussi Financer son démarrage après une formation, qui explique quels dispositifs distinguent un porteur individuel d'un groupement. Si vous arrivez directement sur cette page, notre page d'entrée De la formation à l'activité : par où commencer resitue l'ensemble de la démarche.

Vérifiez le millésime avant de payer. Les montants et les seuils cités sur cette page sont ceux du Code général des impôts consolidé à octobre 2025. La loi de finances pour 2026 n'a pas pu être dépouillée article par article au moment de la rédaction : aucune source consultée n'annonce de changement sur la Contribution Globale Unique, mais cela ne vaut pas vérification. Confirmez le chiffre applicable auprès de votre centre des services fiscaux avant toute déclaration.

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Questions fréquentes

Je suis seul, ai-je besoin d'un statut compliqué pour démarrer ?

Non. L'entreprise individuelle suffit dans la grande majorité des cas : pas de capital, pas de statuts, pas de notaire. La SUARL ne devient utile que lorsque vous voulez protéger votre patrimoine personnel ou facturer des entreprises en toute confiance.

Le capital minimum de 100 000 FCFA pour une SARL existe-t-il encore ?

Non. Ce montant, fixé par la loi n° 2014-20 de 2014, a été abrogé par la loi n° 2015-07 du 9 avril 2015. Le capital est aujourd'hui librement fixé par les statuts, y compris à un montant symbolique — même si un capital plus consistant reste conseillé pour la crédibilité auprès d'une banque.

Le GIE protège-t-il mon patrimoine personnel comme une société ?

Non, c'est l'inverse. Les membres d'un GIE sont tenus indéfiniment et solidairement des dettes du groupement : un créancier peut réclamer la totalité d'une dette à un seul membre. Le GIE mutualise un projet, il ne protège aucun patrimoine.

Le statut d'entreprenant est-il une option pour moi aujourd'hui ?

Pas en pratique. Le texte OHADA le prévoit depuis 2010, mais aucun guichet sénégalais connu ne sait le mettre en œuvre, et il n'apparaît ni dans le Code général des impôts ni dans les fiches de l'APIX. À confirmer auprès du greffe du tribunal de commerce de Dakar avant de vous en prévaloir.

Le notaire est-il obligatoire pour une SUARL, même avec un petit capital ?

Les circuits officiels décrivent une constitution passant par un notaire, avec des émoluments plafonnés par décret (20 000 FCFA jusqu'à 500 000 FCFA de capital). L'idée d'un notaire facultatif en dessous d'un certain seuil circule dans des relais non officiels, mais aucun texte sénégalais consulté ne le confirme : vérifiez ce point directement auprès d'un notaire ou du guichet de l'APIX avant de vous engager.

Où trouver plus de détails sur les statuts de société au Sénégal ?

Le dossier Créer son entreprise de SenPages traite les formes juridiques en profondeur, avec l'angle juriste. Pour la suite pratique côté SenFormation, direction notre page Obtenir son NINEA et son RCCM.

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