Formations obligatoires

BTP et chantiers : ce que la loi impose vraiment

Ce qu'un chef de chantier doit organiser au Sénégal — et pourquoi le CACES ou l'habilitation électrique français ne sont pas la réponse.

Ce qui s'applique sur un chantier sénégalais

Ce dossier fait partie de la série Les formations obligatoires en entreprise au Sénégal. Sur un chantier, l'employeur ne doit pas chercher un « CACES sénégalais » ou une « habilitation électrique » obligatoire : ces référentiels sont français, présentés en détail dans Les fausses obligations importées de France. Ce que la loi sénégalaise exige vraiment, c'est que chaque travailleur exposé soit qualifié, formé et désigné — et que l'employeur puisse le prouver. Le socle commun à tous les secteurs (obligation générale d'information et de formation, qui contrôle, qui sanctionne) est détaillé dans Ce que la loi impose vraiment.

Les décrets qui encadrent un chantier

Le Code du travail renvoie à une série de décrets pris le 15/11/2006. Voici ceux qui concernent directement un chantier.

Ce qu'il impose
Décret n° 2006-1249 — chantiers temporaires ou mobilesFixe des prescriptions de sécurité et de santé propres aux chantiers temporaires ou mobiles. Son contenu détaillé (rôle d'un éventuel coordonnateur sécurité, déclaration d'ouverture de chantier) reste à vérifier auprès de l'inspection du travail avant d'être présenté comme acquis.
Décret n° 2006-1251 — équipements de travailTout travailleur qui intervient sur un équipement en marche doit avoir plus de 18 ans, être qualifié, formé, instruit des risques et détenir un ordre de l'employeur (art. 29). L'employeur doit instruire les travailleurs sur la protection des équipements et s'assurer que l'information a été comprise, en la renouvelant autant que nécessaire (art. 38).
Décret n° 2006-1254 — manutention manuelle« L'employeur doit assurer aux travailleurs une formation appropriée, notamment les techniques de soulèvement, de port et de déchargement des charges » (art. 5) — l'une des rares obligations de formation nommément désignées par un texte sénégalais.
Décret n° 2006-1257 — risques chimiquesVise à garantir l'information et la formation des travailleurs aux risques chimiques (ciment, solvants) et aux moyens de les prévenir ; l'employeur doit s'assurer que l'information a été comprise.
Décret n° 2006-1252 — bruit, chaleur, éclairageEncadre les facteurs physiques d'ambiance sur un chantier ; aucune obligation de formation spécifique n'y a été identifiée.

Source : décrets n° 2006-1249, 2006-1251, 2006-1252, 2006-1254 et 2006-1257 du 15/11/2006, pris en application du Code du travail. Le décret 2006-1249 n'a pas été lu en intégralité : ne pas se fier à un article précis avant vérification.

Ce qu'un employeur doit organiser sur un chantier

Dans l'ordre, ce que les textes sénégalais exigent réellement d'un chef de chantier.

  1. 1

    Former et désigner chaque opérateur

    Tout travailleur qui intervient sur un équipement en marche doit être qualifié, formé, instruit des risques, et recevoir un ordre écrit de l'employeur (décret 2006-1251, art. 29). L'information doit être renouvelée « autant de fois que nécessaire » (art. 38).

  2. 2

    Former aux gestes et postures

    La manutention manuelle — soulever, porter, décharger des charges — doit faire l'objet d'une formation appropriée du personnel (décret 2006-1254, art. 5).

  3. 3

    Informer sur les risques chimiques

    Ciment, solvants et autres produits utilisés sur un chantier exigent une information et une formation dont l'employeur doit s'assurer qu'elles ont été comprises (décret 2006-1257).

  4. 4

    Vérifier les équipements, périodiquement

    Un personnel qualifié désigné par l'employeur doit vérifier quotidiennement les équipements ; l'inspection du travail peut imposer des vérifications trimestrielles (décret 2006-1251, art. 40 et 43).

Conduite d'engins : pourquoi le CACES français n'est pas la réponse

Aucune autorisation administrative de conduite d'engins de chantier n'existe au Sénégal : il n'y a pas de « permis engins » délivré par l'État. La seule pièce d'État est le permis de conduire, pour les engins qui circulent sur la route, selon leur catégorie (décret n° 2004-13 du 19/01/2004) — détaillé dans Transport routier.

La qualification du conducteur d'engin de chantier relève entièrement de l'employeur : il doit pouvoir prouver que le conducteur est qualifié, formé et désigné (décret 2006-1251, art. 29, 38, 43). Le décret définit même un « chargé de consignation » comme la « personne compétente désignée par le chef d'entreprise » pour certaines interventions. Aucun organisme national certificateur de conduite d'engins n'a été identifié — à vérifier auprès de la Direction générale du Travail et de la Sécurité sociale (DGTSS) ou de la Caisse de Sécurité sociale si une recommandation existe.

Le CACES est un dispositif français : il n'a aucune existence légale au Sénégal. Un CACES ou une attestation de centre privé reste une preuve commode de la formation, jamais une obligation — sauf lorsqu'un grand donneur d'ordre (AGEROUTE, APIX, mines, pétrole-gaz, port) l'exige dans son cahier des charges : c'est alors une exigence contractuelle, pas légale. Les métiers du BTP et leurs parcours sont présentés dans BTP : du chantier à l'encadrement.

Échafaudages et appareils de levage : vérification, pas certificat individuel

Aucune formation nominative type « échafaudage » n'est imposée par un texte sénégalais identifié. Ce qui est exigé, c'est la vérification des équipements par un personnel qualifié désigné par l'employeur : quotidienne pour l'usage courant, et l'inspection du travail peut imposer des vérifications trimestrielles (décret 2006-1251, art. 40 et 43).

Aucun organisme national agréé de vérification n'a été identifié : des bureaux de contrôle interviennent sur base contractuelle. Sur un chantier au Sénégal, l'employeur doit donc pouvoir prouver trois choses : la formation et la désignation de ses opérateurs (décret 2006-1251), la formation à la manutention manuelle (décret 2006-1254, art. 5), et les vérifications périodiques de ses équipements. Ce sont les grands maîtres d'ouvrage qui, par contrat, exigent en plus un CACES ou équivalent.

Et l'électricité sur un chantier ?

L'habilitation électrique (norme française NF C 18-510) n'est pas une obligation réglementaire sénégalaise : c'est un référentiel privé français, utilisé par la Senelec et certains grands donneurs d'ordre comme exigence contractuelle. Ce qui est réellement obligatoire au Sénégal, c'est le contrôle de conformité de l'installation électrique avant sa mise sous tension, pour tout établissement recevant des travailleurs ou du public (décret n° 2017-1333 du 08/06/2017), visé par le COSSUEL (Comité sénégalais pour la sécurité des usagers de l'électricité), agréé par arrêté n° 022609 du 22/08/2019. C'est l'installation qui est certifiée, pas l'électricien qui l'a posée. Le détail de ce texte et des autres obligations du secteur électrique est dans Électricité, mines et hydrocarbures.

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Questions fréquentes

Dois-je faire passer un CACES à mes conducteurs d'engins ?

Aucun texte sénégalais n'impose le CACES, qui est un dispositif français. Ce que la loi exige, c'est de prouver que le conducteur est qualifié, formé et désigné (décret 2006-1251, art. 29, 38, 43). Un CACES français ou une attestation de centre privé reste une preuve utile, souvent exigée par contrat par les grands donneurs d'ordre.

Quelle formation est vraiment obligatoire sur un chantier ?

La seule formation nommément obligatoire trouvée dans les textes sénégalais concerne la manutention manuelle : « soulèvement, port et déchargement des charges » (décret 2006-1254, art. 5). Au-delà, l'obligation est générale : informer et former chaque travailleur exposé (décret 2006-1251).

Qui vérifie mes échafaudages et mon matériel de levage ?

Un personnel qualifié désigné par vous, l'employeur — vérification quotidienne, et l'inspection du travail peut imposer des vérifications trimestrielles (décret 2006-1251, art. 40 et 43). Aucun organisme national agréé de vérification n'a été identifié ; des bureaux de contrôle interviennent sur base contractuelle.

Mon électricien doit-il avoir une habilitation électrique ?

Aucun texte sénégalais ne l'impose : l'habilitation électrique (NF C 18-510) est un référentiel français. Ce qui est obligatoire, c'est le contrôle de conformité de l'installation électrique avant sa mise sous tension, visé par le COSSUEL (décret 2017-1333).

Que risque un chef de chantier qui ne forme pas son personnel ?

Le cadre général de contrôle et de sanction, applicable à tout employeur, est détaillé dans Contrôle et sanctions. Pour savoir qui peut financer une formation, voir Qui paie la formation obligatoire.

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