Faire le point avant de bouger : ce que vous savez déjà faire
Vous pensez à changer de métier, mais vous ne savez pas par où commencer. La première étape n’est pas de choisir une formation : c’est de savoir précisément ce que vous savez déjà faire, et qui peut vous aider à le formuler.
Le profil qui ne ressemble pas à celui des articles français
La plupart des guides de « reconversion professionnelle » que vous croiserez en ligne s’adressent à un salarié en CDI qui change de voie après dix ans de carrière. Ce n’est pas le profil dominant au Sénégal.
Selon l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), l’emploi indépendant représente 54,5 % des personnes en emploi et le salariat 40,6 % (enquête ENES, note relayée en mars 2026 pour le 4e trimestre 2025). Et l’emploi informel représentait 90,2 % de l’emploi total en 2019 — dernier chiffre officiel détaillé publié par l’ANSD à cette date ; c’est une donnée datée, mais aucune révision plus récente n’a pu être confirmée pour ce dossier.
Concrètement, la personne qui se reconvertit au Sénégal, le plus souvent, ce n’est pas un cadre qui quitte un bureau. C’est :
- un travailleur informel expérimenté (commerce, artisanat, transport, BTP…) qui veut faire reconnaître ou qualifier ce qu’il sait déjà faire ;
- un diplômé sans emploi ou en sous-emploi qui cherche un métier qui débouche vraiment ;
- un migrant de retour qui doit se réinsérer dans un marché du travail qu’il a quitté depuis des années.
Cette page part de ce constat. Si vous êtes salarié en poste, elle s’applique aussi à vous — mais gardez en tête que les dispositifs publics de ce pays ont d’abord été pensés pour les deux premiers profils, pas pour vous. Le détail est sur Qui va financer votre reconversion.
Faire le point : les 3 options réelles
Il n’existe pas de guichet unique du « bilan de compétences ». Trois portes, trois publics, trois niveaux de prix.
| Pour qui | Ce que c’est | Prix | |
|---|---|---|---|
| CNOSP / CAOSP | Tout actif, sans limite d’âge affichée | Bilan public en 3 phases mené par un psychologue conseiller | Non précisé par l’institution — à demander directement |
| ANPEJ | 18 à 35 ans | Orientation, coaching recherche d’emploi, stages, incubation | Service public |
| Cabinet RH privé | Tout le monde, sans condition | Bilan de compétences commercial, à la demande | Tarifs non publiés — à négocier au cas par cas |
Sources : cnosp.gouv.sn/content/professionnel et cnosp.gouv.sn/content/contacts-des-caosp ; anpej.sn et fiche « Demander à bénéficier d’une formation de l’ANPEJ » (portail des services de l’État) ; sites commerciaux de cabinets RH dakarois (à titre d’exemple de marché, non recommandés).
Le bilan public : le CNOSP et ses 16 CAOSP régionaux
C’est l’option la moins connue et pourtant la plus accessible. Le Centre national d’orientation scolaire et professionnelle (CNOSP), sous tutelle du ministère de l’Éducation nationale, ne s’occupe pas que des élèves : sa page officielle propose explicitement un bilan de compétences pour les actifs, présenté comme utile pour « changer de secteur, évoluer, ou retrouver un emploi ».
Le bilan est mené par un psychologue conseiller en trois phases : une phase préliminaire (cadrage de la demande), une phase d’investigation (compétences, intérêts, motivations) et une phase de conclusion (restitution, pistes). C’est la démarche la plus proche, dans son principe, de ce qu’on appelle un « bilan de compétences » en France — à ceci près qu’il n’est ni un droit financé ni encadré par un texte spécifique que nous ayons pu identifier.
Pour y accéder : rendez-vous au CAOSP (Centre académique d’orientation scolaire et professionnelle) le plus proche de chez vous. Il en existe 16, un par région académique. Coordonnées du centre de Dakar : Rue 14 x Bourguiba, 33 824 76 45, caospdakar@yahoo.fr.
Ce que nous ne pouvons pas vous garantir : la gratuité et les délais du bilan CAOSP ne sont pas précisés sur la fiche officielle. Avant de vous déplacer, appelez pour confirmer les deux points. Ne partez pas du principe que c’est instantané ni forcément gratuit.
Si vous avez entre 18 et 35 ans : l’ANPEJ
L’Agence nationale pour la promotion de l’emploi des jeunes (ANPEJ) propose une démarche officielle intitulée « Demander à bénéficier d’une formation de l’ANPEJ », référencée sur le portail des services de l’État. Son offre couvre l’accueil, l’information et l’orientation, le coaching en technique de recherche d’emploi et en soft skills, l’accompagnement personnalisé du projet professionnel, des stages et l’incubation via le CENCOM.
La limite est nette : 18-35 ans. Ce n’est pas une agence pour l’emploi de droit commun ouverte à tout âge, à la différence de ce qu’on lit parfois. Si vous avez 40 ans et plus, ce n’est pas votre porte d’entrée — passez directement au CAOSP ou envisagez un cabinet privé.
Le guichet unique électronique de l’ANPEJ (emploijeunes.sn) a été développé avec un appui technique de l’Union européenne et de Pôle emploi France. C’est un partenariat institutionnel de développement, pas un droit à l’accompagnement « à la française » pour l’usager sénégalais — ne déduisez pas de ce partenariat des droits qui n’existent pas.
Les cabinets privés : un marché, pas un dispositif
À Dakar, plusieurs cabinets RH proposent un bilan de compétences comme prestation commerciale : Eco Afrique (cabinet RH présent depuis 1993), Sen Talents, AIC Concept, Impact’Essens, entre autres. Ce sont des sociétés privées, pas des organismes agréés dans un cadre légal spécifique, et aucun tarif n’est publié de façon transparente.
Rien n’interdit d’y recourir, en particulier si vous visez un repositionnement cadre ou une évolution de carrière fine. Mais gardez trois réflexes :
- Épuisez d’abord l’option publique (CAOSP, ANPEJ si vous êtes éligible) : c’est gratuit ou peu coûteux dans le principe, contrairement au privé.
- Demandez un devis écrit avant tout engagement, avec le contenu exact de la prestation.
- Méfiez-vous de toute promesse de résultat — un bilan de compétences éclaire un choix, il ne garantit ni emploi ni financement.
Aucun de ces cabinets n’est recommandé ici : ils sont cités comme illustration d’un marché existant, pas comme une liste de prestataires validés par SenFormation.
Faire le point, concrètement, cette semaine
Le bilan le plus utile est souvent celui que vous faites vous-même en premier — avant de payer qui que ce soit.
- 1
Listez ce que vous savez déjà faire, y compris hors d’un emploi déclaré
Commerce informel, réparation, couture, conduite, gestion d’un petit stock, encadrement d’une équipe de chantier : tout compte. La majorité des actifs sénégalais ont appris sur le tas. C’est une base de compétences réelle, pas rien.
- 2
Identifiez ce qui manque pour que ce savoir-faire devienne un métier reconnu
Souvent, ce n’est pas la compétence de base qui manque, mais une certification, une mise à niveau technique ou une régularisation administrative (formalisation, par exemple).
- 3
Contactez le CAOSP le plus proche
Un appel téléphoniqueAppelez avant de vous déplacer pour confirmer gratuité et délai. Coordonnées Dakar : 33 824 76 45.
- 4
Si vous avez 18-35 ans, ouvrez aussi un dossier ANPEJ
Rien n’empêche de cumuler les deux démarches : CAOSP pour le bilan, ANPEJ pour l’accompagnement à la recherche d’emploi.
- 5
Explorez les fiches métiers avant d’arrêter un choix
Une fiche métier bien lue (niveau requis, secteurs, réalité du poste) vaut souvent mieux qu’un bilan payant pour se décider. Voir Les secteurs qui recrutent vraiment.
Par où continuer
Une fois le point fait sur ce que vous savez faire et sur ce qui vous manque, deux directions : regarder les secteurs qui recrutent réellement, ou si vous avez déjà une idée de métier, passer directement à choisir votre centre de formation.
Notre article Se reconvertir : guide complet donne un premier panorama général ; ce dossier va plus loin, avec les textes et les guichets sénégalais précis. Et si l’idée d’apprendre à distance, sans quitter votre emploi, vous intéresse déjà, lisez Réussir sa vie professionnelle avec la formation à distance.
Vous savez vers quoi aller, il reste à trouver la formation
Dites-nous votre métier actuel, celui que vous visez et le temps dont vous disposez. Un conseiller SenFormation vous oriente vers les centres qui forment réellement à ce métier — et vers le guichet de financement adapté à votre situation.
Partir du métier, pas de la formation
Nos fiches métiers décrivent ce que le poste demande réellement — de quoi confronter votre inventaire.
Questions fréquentes
Le bilan de compétences est-il gratuit au Sénégal ?
Cela dépend de la porte. Le bilan du CNOSP/CAOSP est un service public, mais sa gratuité et ses délais ne sont pas précisés sur la fiche officielle : appelez le CAOSP le plus proche pour confirmer avant de vous déplacer. Les cabinets RH privés, eux, sont clairement payants, avec des tarifs non publiés à négocier.
J’ai 45 ans, l’ANPEJ peut-elle m’aider ?
Non : l’ANPEJ cible les 18-35 ans. Passé cet âge, votre point d’entrée public est le CAOSP pour le bilan, sans limite d’âge affichée. Pour le financement d’une formation, voir Qui va financer votre reconversion — le constat y est direct : au-delà de 40 ans, les guichets publics individuels sont rares.
Dois-je payer un cabinet RH pour faire le point sur ma carrière ?
Ce n’est pas obligatoire. Commencez par le CAOSP, gratuit dans son principe. Un cabinet privé peut apporter un accompagnement plus poussé, mais sans garantie ni tarif encadré : demandez toujours un devis écrit avant de vous engager.
Je travaille dans l’informel : ai-je un « vrai » métier ?
Oui. Avec 54,5 % des actifs occupés en indépendant et une majorité de l’emploi informel, le profil qui se reconvertit au Sénégal est très souvent une personne expérimentée dans l’informel qui cherche à faire reconnaître ou qualifier ce savoir-faire — pas un débutant. C’est le point de départ de ce dossier, pas une exception.
Existe-t-il un CPF sénégalais pour financer ce bilan ?
Non. Il n’existe aucun compte individuel de formation au Sénégal. Le détail de ce qui n’existe pas — et de ce qui en tient lieu — est sur Ce qui n’existe pas au Sénégal, dans notre dossier sur le financement.
Le guichet unique de l’ANPEJ fonctionne-t-il comme Pôle emploi en France ?
Non, et c’est une confusion fréquente. Son guichet électronique a été développé avec un appui technique de l’Union européenne et de Pôle emploi France, mais c’est un partenariat de développement institutionnel — cela ne crée aucun droit à l’accompagnement « à la française » pour l’usager, et l’agence reste réservée aux 18-35 ans.
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